Les 5 visages d’Europe Ecologie

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Un des axes du débat en cours sur l’avenir de l’OPNI « Europe Ecologie » est sa structuration, soit sous la forme d’un parti politique homogène, fusionné et « classique », soit celle du maintien d’une structure hétérogène et diversifiée.

La présente contribution tente de décrire ce que pourrait être la structure d’Europe Ecologie, en prenant position pour une forme assez hétérogène, même si des mécanismes d’homogénéisation sont décrits. Elle fait suite à la contribution « Ruptures ou continuités »

Par ailleurs, toute évolution vers une homogénisation et transformation en structure « classique » de parti politique prendrait du temps. Il parait peu opportun de forcer le cours des choses avant les échéances de 2012, les écologistes auront surtout besoin d’une structure opérationnelle à ce moment.

Quelques soient les décisions qui seront prises en fin d’année 2010, les débats sur la forme du mouvement d’écologie politique en France seront de toute manière amenés à reprendre dès Juillet 2012 et l’entrée dans un nouveau cycle électoral.

Premier visage : Vers le peuple de l’écologie

Un mouvement d’écologie politique n’a pas vocation à rester éternellement minoritaire. Une priorité est de grandir par son pouvoir de conviction et la pertinence de ses propositions.

Constituer un peuple de l’écologie ne peut se réduire à organiser celles et ceux qui sont déjà des militants de divers degrés (qu’ils soient consomm’acteurs, engagés dans l’économie sociale et solidaire ou défenseurs des droits de l’homme). Cela ne peut se réduire non plus à la consolidation d’une base électorale, même si les militants comme les électeurs sont les acteurs les plus visibles du peuple de l’écologie.

Il importe qu’Europe Ecologie soit résolument tourné vers l’extérieur, plutôt que replié sur ses enjeux internes ou enfermé au sein d’un cercle d’habitués et d’initiés.

Les grands enjeux de l’écologie sont là; et ce sont les mêmes que les enjeux du quotidien : consommation, logement, migrations, travail, déplacements, démocratie … c’est par ces portes d’entrée qu’il est possible de parler au « peuple de l’écologie » en formation plus que des problématiques politiciennes ou trop techniques.

Les outils par contre sont encore à inventer.

La future Fondation de l’Ecologie Politique peut stimuler le débat théorique et intellectuel autour des grands enjeux. A défaut d’être en elle même un outil de mobilisation, elle pourra contribuer à inscrire nos réflexions au coeur du débat public et dans les médias.

La « nouvelle charte d’Amiens des rapports entre le politique et l’associatif / syndical » est une idée dont l’émergence est plus récente. Le débat est complexe, et pas mal de suspicions et d’hostilités seront à dépasser pour trouver les bonnes modalités de travail en commun entre l’univers de la décision politique d’une part, et le militantisme associatif ou syndical.

On peut noter quand même que ces rapports sont bien différents suivant les pays (le parti travailliste anglais ayant par exemple étant formé directement par les syndicats), et que la pratique extrêmement coopérative des écologistes permet de penser les choses dans le respect des identités de chacun.

Le chantier de constitution d’un réseau écosyndical est directement lié à ces modes de travail en commun : pour assurer la pérennité d’un tel réseau, il faut absolument le découpler des enjeux électoraux (que ce soit des élections professionnelles ou les élections de la Ve République d’ailleurs)

Deuxième visage : Des cercles militants thématiques tournés vers l’action

C’est un fait de calendrier, en 2008 et 2009 Europe Ecologie n’a pas servi à autre chose qu’à préparer ou participer à des élections. Il est à craindre que ce qui reste de l’année 2010 soit consacré essentiellement à de l’organisation.

Il faudra donc profiter de l’année 2011 pour faire « autre chose » avant le grand rendez-vous électoral de 2012.

« Autre chose », mais quoi, et comment ?

Je propose que la principale porte d’entrée dans Europe Ecologie soit une entrée thématique. Avant d’entrer pour faire des élections, avant d’entrer pour une participation à la vie politique locale, qu’on rentre d’abord pour participer à une campagne thématique et au groupe d’action/réflexion associés.

On peut assez facilement dessiner les quelques grands secteurs d’actions qui apparaissent naturellement

- Ecologie du travail/ syndicalisme / droits sociaux

- Ecologeeks / NTIC

- Monde rural / alimentation / ogm

- Migrations / Droits humains

- Energie / Antinucléaire / Climat

- Conversion écologique de l’économie

L’idée est qu’une adhésion « de base » à Europe Ecologie entraîne rapidement l’inscription dans une campagne, avec proposition d’actions locales, accès à des informations et formations spécifiques, contacts locaux en rapport avec la campagne en question.

Ces campagnes ne pourraient se faire ni en ignorant l’action des élus écologistes sur ces thématiques, ni en ignorant les diverses campagnes associatives et/ou syndicales déjà en cours; mais justement elles les compléteraient en offrant un point de vue global sur ce qui se fait.

Dans cet aspect d’Europe Ecologie tournée vers l’action thématique, l’action locale aurait sa place mais ne serait pas l’engagement déterminant.

Les modes de décision par consensus et cooptation y ont toute leur place, il n’est pas nécessaire de trop s’y encombrer avec des processus de décision plus complexe, à partir du moment où on ne coopte que des personnes qui font vraiment l’unanimité.

Troisième visage : Une alliance large des partis de l’écologie

Il ne faut pas se le cacher, l’essentiel des cadres politiques mobilisables à court terme pour animer un mouvement d’écologie politique sont actuellement membres de partis politiques. Et la très grande majorité de ces partis politiques n’ont aucune envie spéciale de se dissoudre dans autre chose.

Il existe en France quelques partis pour qui la question de l’environnement « change tout » et oblige à remettre en cause les schémas de pensée politique hérités des siècles précédents. Ces partis et mouvements ont actuellement des stratégies politiques différentes, non concertées, ce qui ne permet guère de cohérence quand à l’intégration de problématiques écologistes dans le champ de la politique institutionnelle.

Dans le cadre large et ouvert d’Europe Ecologie peut se mettre en place une alliance des partis/mouvements politiques/groupements locaux ayant vocation à participer à divers degrés au Rassemblement des Ecologistes.

L’idée serait d’avoir un partenariat multilatéral à engagement variable permettant de mettre autour d’une table des représentants de la FASE, du MEI, de CAP21, des Verts, de Régions et Peuples Solidaires et de mouvements régionaux ou locaux.

Ce partenariat ne serait pas en lui même décisionnel, et servirait à des échanges de vue, d’informations, et de discussions stratégiques. Il aurait quand même explicitement en vue la vie d’Europe Ecologie, ses échéances, ses campagnes, et les décisions stratégiques qui auraient lieu au sein du Rassemblement.

Quatrième visage : Le socle des partis fondateurs

Il reste essentiel de déterminer, au sein des partis partenaires dans une alliance de l’écologie politique, ceux qui sont complétement engagés dans Europe Ecologie.

On ne peut pas le demander à tous, mais ceux qui font le choix d’un engagement total (et non variable suivant les contextes) doivent voir ce statut reconnu.

Je propose donc de reconnaître un statut de parti fondateur d’Europe Ecologie.

Les partis fondateurs auraient les caractéristiques suivantes :

- Ils font le choix, dans leurs instances les plus souveraines, de lier leur fonctionnement à celui d’Europe Ecologie. Ils procédent aux modifications statutaires adéquates pour cela.

- Ils déléguent un certain nombre de choix décisionnels à des mécanismes « Europe Ecologie » : choix de stratégie électorale, positionnement politiques, choix des élus

- Ils mutualisent la majeure partie de leur réflexion thématique dans un cadre « Europe Ecologie »

- Ils assurent, en coopération avec tous les représentants des partis fondateurs d’une échelle territoriale donnée, l’animation politique « Europe Ecologie » du territoire. Dans tous les cas ils s’assurent que cette animation territoriale a bien lieu réguliérement et efficacement, que cette animation soit ou non le fait d’adhérents d’un des partis fondateurs.

En contrepartie, les adhérents des partis fondateurs sont directement intégrés aux campagnes thématiques d’Europe Ecologie, comme aux mécanismes décisionnels.

Cinquième visage : Un corps électoral pour décider ensemble

Sur des enjeux importants comme celui d’un projet pour 2012, de sélection de candidats aux législatives, de candidature, des procédures sont nécessaires.

Il faut bien décider ensemble, et ce de manière la plus démocratique possible. Pour ce cinquième visage, la participation effective au processus de décision est une donnée importante. Chaque grande décision est l’occasion de se réinventer et de rencontrer de nouvelles personnes.

Quelque soit la manière dont Europe Ecologie est constitué, il faudra bien que le mouvement soit capable, à un instant donné, de générer un corps électoral.

Il faudra faire converger à la fois celles et ceux qui nous cotoient via le peuple de l’écologie, ceux qui sont actifs dans les cercles thématiques d’Europe Ecologie, ceux qui sont membres des partis partenaires, ceux qui sont déjà adhérents d’un des partis fondateurs.

Il faudra aussi aller chercher celles et ceux qui ne participent a priori à aucun des 4 premiers visages.

Tout le monde ne s’inscrira pas dans le corps électoral, mais il faudra que sa procédure de constitution, son calendrier, ses procédures de vote et ses compétences soient clairement identifiés dès le début.

- La procédure de constitution comprendra vraisemblablement un engagement et le paiement d’un droit d’entrée faible pour ceux qui ne sont pas déjà membre soit d’un parti fondateur, soit d’un cercle thématique d’Europe Ecologie.

- Le calendrier doit être assez court, en tout cas ne pas s’étaler sur plus d’une année

- Les procédures de vote peuvent être différente suivant les votes. Ces procédure peuvent s’inspirer de méthode préférentielles (avec classement préférentiel des différentes options et candidat(e)s ) plutôt que de se caler sur les scrutins de la Ve République

- Les compétences plutôt resserrées sur des grands enjeux significatifs (la gestion du quotidien étant assurée essentiellement via les cercles thématiques et via les coordinations locales des partis fondateurs)

Conclusion : Vers un seul visage ?

Une organisation à cinq visages, ca parait difficile à faire vivre. Et c’est vrai que cela l’est.

Avec le temps, avec les décisions des uns et des autres, les visages auront tendance à se confondre et à fusionner.

Reste qu’il faut encore déterminer, pour chacun des visages, la bonne place et la bonne distance dans l’ensemble; c’est l’enjeu des débats de l’automne

La fusion des cinq visages en une structure homogène marquerait la fin d’Europe Ecologie comme OPNI et le début d’Europe Ecologie comme structure partidaire classique.

Cela arrivera peut être, ou peut-être pas.

Pour moi l’enjeu est surtout d’avoir quelquechose d’opérationnel, de solide et d’efficace jusque 2012; l’avenir s’écrira en marchant de toute manière.

Julien Lecaille

Lille, le 28 avril 2010

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Article by Julien Lecaille

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